Maladies de la tomate : lesquelles sont les plus surveillées et pourquoi ?
Virus, bactéries, viroïdes ou champignons : certains agents pathogènes abîment les récoltes, d'autres peuvent compromettre la production et la circulation des semences.
Mildiou, alternariose, nécrose apicale ? Aucune de ces maladies ne fait l'objet de surveillance accrue en raison de leur maitrise par les nombreux professionnels et leur présence quasi systématique sur le territoire même si, de ce fait, ce sont les plus couramment rencontrés par les particuliers pesant sur leur récolte.
Une maladie végétale ne devient pas nécessairement réglementée parce qu'elle est très destructrice. Les autorités surveillent aussi la capacité d'un organisme à se propager par les semences et les jeunes plants, à s'installer durablement ou à menacer d'autres productions.
Il faut distinguer les organismes de quarantaine, soumis à des mesures officielles spécifiques, des organismes réglementés non de quarantaine (ORNQ), pour lesquels des exigences s'appliquent à certains matériels de multiplication. Enfin, de nombreuses maladies courantes ne relèvent pas de ces catégories tout en pouvant causer des pertes majeures.
Les maladies à connaître en priorité
| Maladie | Agent biologique | Pourquoi elle préoccupe |
|---|---|---|
| Fruit rugueux brun (ToBRFV) | Virus | Transmission par contact, risque pour les semences et fruits dépréciés. |
| Chancre bactérien | Clavibacter michiganensis | Infection parfois invisible au départ et transmission par semences ou matériel. |
| Flétrissement bactérien | Ralstonia solanacearum (complexe d'espèces) | Organismes réglementés de quarantaine ; contamination de sols et d'eaux. |
| Taches bactériennes | Xanthomonas spp. | Atteintes foliaires et fruitières ; exigences pour certains matériels de multiplication. |
| Viroïde PSTVd | ARN infectieux sans capside | Diffusion mécanique possible et atteintes parfois discrètes. |
| Maladie bronzée (TSWV) | Virus transmis par les thrips | Nécroses et déformations des fruits. |
| Feuilles jaunes en cuillère (TYLCV) | Virus transmis par les aleurodes | Forte réduction de fructification lors d'infections précoces. |
| Mosaïque du pépino (PepMV) | Virus | Contamination mécanique et défauts de qualité des fruits. |
| Mildiou, fusariose, alternariose, pourriture grise | Oomycètes ou champignons | Pertes agronomiques parfois très sévères mais de nombreux traitements existent. |
1. ToBRFV : le virus du fruit rugueux brun
ORNQ — attention particulière aux semences - Anciennement Organisme de QuarantaineCe tobamovirus possède un génome constitué d'ARN. Il résiste relativement bien dans l'environnement et se transmet surtout par les contacts : mains, outils, tuteurs, vêtements et opérations culturales. Des semences contaminées peuvent introduire le virus dans un nouvel espace de culture.
Symptômes : mosaïques ou déformations sur le feuillage, marbrures jaunes et brunes, maturation irrégulière et parfois rugosité des fruits. Certains plants présentent peu de signes visibles.
Conséquences : l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP) rapporte des pertes de rendement de 30 à 70 % sur des plants atteints dans certains contextes. Jusqu'à 100 % des plants d'une culture peuvent être infectés, ce qui ne veut pas dire que 100 % des récoltes sont systématiquement perdues. Un exemple israélien mentionne seulement 8 à 10 bouquets récoltés au lieu de 24 à 30 auparavant. Source : OEPP.
Contrôle : depuis 2025, le ToBRFV figure parmi les ORNQ pour les semences et plants de tomate dans le cadre européen ; le seuil réglementaire indiqué pour les semences de tomate est de 0 %. Les exigences concrètes figurent dans les règlements applicables.
2. Chancre bactérien : Clavibacter michiganensis
ORNQ — enjeu important pour les semencesCette bactérie peut pénétrer par des blessures et coloniser le xylème, le réseau qui transporte l'eau dans la plante. Elle se diffuse aussi lors des manipulations et peut être introduite avec du matériel végétal contaminé.
Symptômes : flétrissement parfois limité à un côté de la plante, brunissement interne des tiges, chancres et lésions de fruits qui peuvent prendre l'aspect d'un petit point brun cerclé de blanc (« œil d'oiseau »).
Conséquences : dépérissement de pieds entiers et pertes commerciales. Un faible niveau de contamination initiale peut suffire à amorcer un foyer si les conditions favorisent les contaminations croisées. Le danger est aussi lié à l'existence de plantes infectées avant l'apparition de symptômes clairs.
Pour les semences, les textes européens prévoient notamment des conditions particulières sur les méthodes d'extraction et l'origine sanitaire ou le contrôle des lots.
3. Flétrissement bactérien : Ralstonia
Organismes de quarantaine selon les espèces concernéesLes bactéries du complexe Ralstonia solanacearum peuvent survivre dans certains milieux contaminés et pénétrer par les racines. En se multipliant dans le système vasculaire, elles perturbent la circulation de l'eau.
Symptômes : flétrissement rapide, parfois sans jaunissement initial, puis mort du plant ; les vaisseaux peuvent brunir.
Conséquences : destruction des plants infectés, contamination possible par l'eau d'irrigation et, en cas de foyer officiellement reconnu, mesures de lutte réglementaire pouvant concerner les végétaux, les parcelles ou l'eau. Des foyers sur tomate ont historiquement été détectés en France, notamment dans les années 1990.
Les formes et espèces de Ralstonia ne sont pas toutes interchangeables : le diagnostic en laboratoire et l'identification réglementaire sont essentiels.
4. Taches bactériennes : Xanthomonas spp.
ORNQ pour des matériels concernésPlusieurs bactéries du genre Xanthomonas provoquent une maladie du feuillage et des fruits. Elles sont favorisées par les conditions chaudes et humides et les éclaboussures d'eau.
Symptômes : petites lésions sombres sur les feuilles, jaunissement, défoliation et taches rugueuses sur les fruits.
Conséquences : baisse du rendement, fruits déclassés et risque accru de brûlures solaires lorsque le feuillage disparaît. Des études de foyers sévères font état de pertes dépassant 50 %, mais ces chiffres ne représentent pas la situation moyenne d'une culture de tomate.
5. PSTVd : un viroïde particulièrement discret
Exigences phytosanitaires sur les matériels concernésUn viroïde n'est pas un virus classique : c'est une très courte molécule d'ARN infectieuse, sans enveloppe protéique. Le PSTVd peut être transmis mécaniquement et, dans certaines circonstances, par des semences ou du pollen.
Symptômes : réduction de croissance, déformations foliaires, chloroses ou diminution de la production ; l'infection peut également rester peu visible.
Conséquences : plants affaiblis et difficultés de détection à l'observation seule. La gravité dépend du variant, de la variété et des conditions de culture ; il serait trompeur de lui attribuer un taux unique de pertes.
6. TSWV : la maladie bronzée de la tomate
Surveillance des plants et des vecteursLe TSWV est un virus transmis par des thrips, petits insectes piqueurs-suceurs. L'insecte acquiert habituellement le virus à l'état larvaire et peut ensuite le transmettre à d'autres plantes.
Symptômes : bronzage des feuilles, stries nécrotiques, flétrissement et anneaux marbrés sur les fruits.
Conséquences : récoltes déclassées et, en cas d'infection précoce et sévère, développement très réduit voire mort de certains plants. La gestion des insectes vecteurs est centrale.
7. TYLCV : les feuilles jaunes en cuillère
Surveillance des plants et des aleurodesCe virus à ADN se transmet essentiellement par l'aleurode Bemisia tabaci. Il provoque un dérèglement de la croissance du plant.
Symptômes : feuilles petites, jaunissantes, recourbées vers le haut, entre-nœuds courts et arrêt de croissance.
Conséquences : si l'infection intervient très tôt, la fructification peut devenir très faible ou quasi nulle. Une infection tardive est souvent moins dommageable pour les fruits déjà formés.
8. PepMV : la mosaïque du pépino
Enjeu pour les semences et l'hygiène culturaleLe PepMV est un virus à ARN transmis particulièrement facilement par les gestes de culture et par contact entre végétaux. Les semences constituent une voie possible d'introduction.
Symptômes : marbrures du feuillage, feuilles déformées, fruits présentant des plages jaunes ou orangées et une maturation irrégulière.
Conséquences : qualité commerciale diminuée ; les pertes varient fortement selon les souches virales, les variétés et les conditions. Certaines infections restent discrètes.
Les maladies fréquentes qui ne sont pas toutes soumises aux mêmes contrôles
| Maladie | Biologie et signes | Conséquences possibles |
|---|---|---|
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Mildiou Phytophthora infestans |
Oomycète favorisé par une forte humidité ; taches brunes, nécroses et pourriture des fruits. | Évolution parfois fulgurante ; dans des épisodes extrêmes non maîtrisés, la quasi-totalité de la récolte peut être perdue. |
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Fusariose vasculaire Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici |
Champignon du sol, pénètre par les racines ; jaunissement, brunissement vasculaire et flétrissement. | Mortalité de plants, contamination durable du sol et rendement réduit. |
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Alternariose Alternaria spp. |
Champignons produisant des taches foliaires parfois concentriques. | Défoliation, baisse de photosynthèse et dégradation des fruits. |
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Pourriture grise Botrytis cinerea |
Champignon favorisé par l'humidité ; moisissure grise sur organes atteints. | Pourritures de fruits et de tiges, pertes en culture ou après récolte. |
Pourquoi la conservation des variétés de tomate demande une vigilance particulière
Dans une collection réunissant de nombreuses variétés, chaque nouvelle provenance de semences peut aussi être une nouvelle voie d'introduction d'un agent pathogène. La diversité des tomates cultivées ne garantit pas une résistance commune à toutes les maladies.
- À l'arrivée : conserver l'identité de la variété, la provenance, l'année et la référence du lot ; distinguer les provenances incertaines.
- Pendant les cultures : inspecter régulièrement les plants, surveiller les insectes vecteurs et isoler les plantes suspectes.
- Lors des travaux : nettoyer et désinfecter avec une méthode adaptée les mains, outils et surfaces entre lots.
- À la récolte : préserver la traçabilité entre pieds-mères, fruits et lots de semences.
- À l'extraction : ne pas considérer la fermentation ordinaire comme une désinfection universelle. Pour certains pathogènes (comme le PepMV) une extraction à l'acide est nécessaire.
- Avant diffusion : s'assurer que l'ensemble des précautions et/ou analyses ont été effectués afin de préserver la qualité sanitaire des semences et des lieux où elles voyageront.
Sans tomber dans la paranoïa, ces maladies très surveillées restent rares et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle elles sont très contrôlées, afin de les contenir et mettre tout en œuvre afin qu'elles n'existent pas dans le pays.
Une photographie ne permet pas de confirmer à elle seule un ToBRFV, un PepMV ou un chancre bactérien : différents problèmes peuvent produire des symptômes proches. Un diagnostic fiable peut nécessiter une analyse de laboratoire.
En cas de suspicion d'organisme de quarantaine, il convient d'éviter tout déplacement de matériel potentiellement contaminé et de prendre contact avec les services compétents de la protection des végétaux (SRAL/DRAAF). Pour les organismes réglementés sur semences ou plants, les exigences réglementaires doivent aussi être vérifiées avant toute commercialisation.
En conclusion
Parmi les risques les plus importants pour les semences de tomate, le ToBRFV, le chancre bactérien et certaines bactérioses justifient une attention particulière. Les virus transmis par les insectes exigent une surveillance des vecteurs, tandis que le mildiou, la fusariose et les autres maladies fongiques restent de grandes menaces pour les récoltes.
Le meilleur levier est une prévention combinant traçabilité, hygiène, observation et analyses adaptées : protéger une variété, c'est aussi protéger la qualité sanitaire des graines qui permettront de la transmettre.
C'est pourquoi le passeport phytosanitaire est délivrée aux structures qui, par un raisonnement de bon sens et de rigueur, met en place toutes les surveillances nécessaires à la préservation de la qualité sanitaire des semences.
L'association Cultive ta rue a fait les démarches et obtenu l'autorisation dès 2026 d'apposer le passeport phytosanitaire.
Nous en effet pris conscience des enjeux important en matière de sécurité sanitaire et alimentaire que pouvait avoir la circulation de nos semences. Ces démarches n'impactent en rien nos projets et nos valeurs car elles ne demandent que le suivi rigoureux que l'on met en place soit consigné et contrôlé régulièrement.
Sources et références
- Union européenne — règlement d'exécution (UE) 2024/2970, ToBRFV.
- SEMAE - Règlement phytosanitaire
- Union européenne — règlement (UE) 2019/2072, version consolidée.
- France — arrêté du 2 mai 2025 relatif aux semences de légumes.
- OEPP — fiche du ToBRFV.
- OEPP — fiche du chancre bactérien de la tomate.
-
OEPP — base de données mondiale sur les organismes nuisibles.
La mise en page et la vérification des sources et informations ont été soumis à l'IA pour vérification et certaines corrections uniquement.
Toutefois l'image d'illustration a été recompilée par IA car, fort heureusement, nous n'avons jamais été confronté à une de ces maladies hautement surveillées.


